"Présenter l’irreprésentable —

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Liminaire
«L’idée, délibérément paradoxale, d’une exposition sur le thème de l’irreprésentabilité chez Sade et au-delà m’est venue en 1966 tandis que mon happening «120 Minutes dédiées au Divin Marquis» se déroulait au Théâtre de La Chimère, situé au 42 rue Fontaine à Paris, dans l’immeuble habité par André Breton. J’ai envoyé le texte de la «Neuvième Journée» des «Cent vingt jours de Sodome» à une dizaine de plasticiens et plasticiennes de ma connaissance en leur demandant de dessiner, peindre ou photographier ce que ces pages leur inspiraient. L’expérience a conduit à une impasse et je l’ai abandonnée. Jusqu’au jour où, plusieurs décennies s’étant écoulées, Alain Fleischer et moi en avons parlé et décidé d’une nouvelle tentative en conviant Danielle Schirman à se joindre à nous. C’est alors que Blandine Chavanne a eu la générosité d’accepter de modifier le projet initial de l’exposition qu’elle me proposait afin de l’adapter à ce qui nous tient actuellement à cœur. Entre temps, de 1966 à 2014, la thématique de l’irreprésentabilité a fait florès au point de produire, ces jours-ci, un effet de mode, ce qui, à nos yeux, constitue un défaut rédhibitoire. Néanmoins, nous avons persévéré et gardé le cap, mais en prenant grand soin d’éviter les inepties, ô combien «tendance», de ce qui passe pour de «l’art conceptuel» d’une part et les pièges primaires de «l’art engagé» d’autre part. En vérité, notre manifestation collégiale hébergée au Hangar à Bananes de Nantes regroupe simplement quelques installations, quelques vidéo-installations, quelques films, quelques peintures – dont une collective –, quelques photographies et divers travaux d’art visuel par définition hybrides et inclassables qui traitent de la récurrence aujourd’hui comme hier du tragique, de l’infâme, de la dévastation systémique, du massacre, du terrifiant goût du pouvoir, de l’inextricable mais aussi du sublime et de l’humain, trop humain – parfois en écho à Sade –, des œuvres que trois amis ont souhaité réunir au même endroit, pour voir

«Le Grand Tableau Antifasciste Collectif » (1960) de Enrico Baj, Roberto Crippa, Gianni Dova, Erró, Jean-Jacques Lebel et Antonio Recalcati, montré au Musée du Louvre-Lens au sein de l’exposition de Laurence Bertrand Dorléac «Les Désastres de la Guerre» (2014), est mis en dépôt au Musée des Beaux-Arts de Nantes par le Fonds de dotation Jean-Jacques Lebel, de même que «L’Écran Sensible» de Alain Fleischer, réalisé sur place.

L’exposition «Présenter l’irreprésentable» de Jean-Jacques Lebel, Alain Fleischer et Danielle Schirman au Hangar à Bananes de Nantes, sous l’égide du Musée des Beaux-arts de Nantes, est accompagnée de la publication d'un catalogue (Fage Édition, Lyon), avec des textes de Blandine Chavanne, Jean-Jacques Lebel, Alain Fleischer et Pierre Gicquel.